Route des Tata: Le bras armé indéfectible du forgeron otammari dans la pure tradition

Les travailleurs du fer sont des artisans incontournables et inestimables au sein de chaque peuple africain. Chez les Bètammaribè, au nord-ouest du Bénin, les forgerons sont considérés comme des hommes indispensables, auxquels on voue un respect intéressé. Tout le monde a besoin de leurs services : les hommes pour l’agriculture, les femmes de ménage, les groupes de danse qui ne pouvaient se passer des objets fabriqués à partir du fer, les artistes, les artisans et les chasseurs. Maîtres du feu et du fer, les forgerons fournissent dans une grande mesure aujourd’hui encore la totalité d’armes traditionnelles et autres objets : les flèches, les lances, les poignards, houe, coupe-coupe, hache et autres outils aratoires. Ils apparaissent comme des personnages importants, remarquables, dans la société otammari. Sans siéger au milieu de la noblesse pendant les grandes cérémonies rituelles, ils détiennent un pouvoir exceptionnel qui les place au-dessus du commun.

Ce matin-là, nous nous rendons dans la forge de Badèyà-Kèyô KOUAGOU N’DAH à Tchapeta, un village de l’arrondissement de Koussoucoingou, sur la destination de la Route des Tata. Cliquetis des pierres, bouffées des soufflets, sifflement de la vapeur – l’ambiance d’une forge traditionnelle y règne. Dans cette famille, le métier de forgeron traditionnel se transmet de génération en génération. Badèyà-Kèyô veut perpétrer la tradition avec ses fils Dibéni et Gilbert.

« Très jeune, j’ai aimé ce métier au point où j’ai abandonné l’école pour le feu et le fer. Après la mort de mon père, je suis devenu le chef de la forge. Je suis fier de ce métier qui protège le peuple otammari », nous confie Badèyà-Kèyô, le septuagénaire.

À la forge de Badèyà-Kèyô, une fois le fer chauffé à blanc dans un feu de charbon, on utilise la pierre comme extension de mains pour façonner le métal de toutes formes, une technique traditionnelle propres aux Bétammaribé. Aujourd’hui, avec le poids de son âge pour cette activité qui est très physique, il laisse entièrement la main à ses enfants qui forgent déjà toutes sortent d’objets. Certaines de leurs fabrications sont très utiles lors de la cérémonie d’initiation des jeunes garçons appelée en langue locale « difôni » et des jeunes filles appelée « dikountri ». Ces objets protègent les initiés contre les mauvais esprits pendant et après les rituelles. Jamais aucun secteur artisanal ne couvre, de par sa production, un échantillonnage social aussi vaste.

Dibéni et Gilbert assurent déjà la relève. Ils entendent eux aussi, passer un jour la main à leurs progénitures. Seule difficulté à laquelle ils font face aujourd’hui reste la pénurie de matière première : le fer qui coûte de plus en cher. Ne pouvant plus vivre uniquement du métier de la forge, l’un (Gilbert) associe la vulcanisation et l’autre (Dibéni) les travaux champêtres.

Visitez la forge de Badèyà-Kèyô KOUAGOU N’DAH sur la destination touristique de la Route des Tata

ABOKI DANIEL / ECO-BENIN

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