L’enduit, un langage codé sur les habitats en terre crue chez les Bètammaribé

Dans le paysage otammari, au nord-ouest du Bénin, l’enduit est un code, une culture, une pratique ancestrale pour entretenir, tant les tata (habitat en terre crue sous forme d’un château fort propres aux peuples Bétammaribé) que d’autres cases en terre. La beauté et la survie de cette architecture « zéro carbone » dépend donc de l’enduisage dont la réalisation est une activité qui relève de la compétence des femmes.

Dans la matinée de ce jeudi 18 mars 2021, plus d’une trentaine de femmes venues des quatre coins de l’Atacora s’activent autour du tata de Térou, le tout premier tata du village de Tagayè. Elles se sont réparties en plusieurs groupes. Pendant que certaines s’occupent du ramassage du sable, d’autres vont s’approvisionner en eau à la fontaine du village. À ces matériaux s’ajouteront d’autres ingrédients tels que la bouse de vache, les corses de néré pilées et le fer rouillé qui sont utilisés pour réaliser ce travail artistique. Cette activité organisée les 18 et 19 mars 2021 à Tagayè dans la commune de Natitingou, dans le cadre de la mise en œuvre du projet de Promotion des Habitats en Terre Crue pour lutter contre les changements climatiques et la déforestation dans l’Atacora (HTC-Atacora), est dénommée la fête de l’enduit. Portée par l’Université Catholique de Louvain en partenariat avec l’ONG Eco-Benin, Yves BAUDOT Consulting et grâce à l’appui financier de l’Agence Wallonne de l’Air et du Climat AWAC, cette initiative vise à faire la promotion du travail de finition et d’entretien des habitats en terre crue.

« Ce qui nous réunit a Tagayè est la mise en œuvre démonstrative et la sensibilisation de masse sur la fabrication de l’enduit optimisé à travers une recomposition des matériaux locaux usuellement utilisés. Après application de cet  enduit, nous proposons une aspersion à l’eau de corses de néré préalablement mis en macération puis bouillie avec des rouilles de fer » a expliqué Fabrice NOUKPAKOU, doctorant à la faculté d’architecture de l’Université Catholique de Louvain.

L’aspersion de l’eau issue des corses de néré associées aux rouilles de fer, offre une couche de protection supplémentaire compte tenu de l’oxyde de fer et des particules de tannins dont elle regorge après macération et ébullition. Derrière cette fête de l’enduit se cache donc un aspect pédagogique. Il vise l’optimisation des habitats en terre crue. Autrement dit, l’amélioration des techniques de construction et de rénovation surtout de l’enduisage. A cet effet, il a été mis en place un guide de bonnes pratiques en matière des techniques de rénovation de ces habitats. Ces pratiques (pratiques ancestrales et pratiques découvertes à l’issue des recherches) sont insérées dans un manuel dénommé « Manuel des HTC »

« Nous avons mis en pratique les techniques que les responsables de ce projet nous ont enseigné au cours d’une récente séance de formation. Cela nous a permis de renforcer notre capacité sur notre manière de faire l’enduisage », témoigne Philomène LAGOUTO.

Les différentes parties de ce manuel prendront en compte la terre à construire, le béton de terre, l’enduit de terre et le badigeon de néré.  Le manuel propose aux populations une revue proportionnelle des ingrédients locaux utilisés pour la préparation de ces matériaux. La première journée de cette fête de l’enduit a été, entièrement, consacré à la pratique de l’enduisage sur un tata et une case rectangulaire en terre crue. Au cours de la deuxième journée, les participants ont effectué une visite guidée des chantiers d’enduisage. Ils ont également pris part aux tables rondes qui ont servi de lieux d’échanges, d’harmonisation des connaissances et de sensibilisation sur la rénovation et l’enduisage optimisé des HTC face aux changements climatiques.

ABOKI DANIEL / ECO-BENIN

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